Il y a quelques années nous étions quelques uns à nous ennuyer ferme quand il nous fallait passer tout un samedi sans concours ! Aujourd'hui, à force de nous en supprimer pour rencontre spéciale de ceci ou de celà, on a fini par nous habituer, et la tendance s'est inversée : quand il n'y a pas de concours, on se réjouit ! Parce qu'un samedi, voire un week-end à vide, ça veut dire plus de copains disponibles, et donc la possibilité de les retrouver pour monter deux ou trois parties sympathiques, dehors, si il fait beau, et à l'abri, quand on en trouve un, en cas d'intempéries...
C'est une occasion de se faire plaisir en renouant avec la pétanque qu'on aime, sans contraintes, sans argent, sans embrouilles, mais pas sans bonheur, ni sans application ! Pas sans talent non plus car il n'y a pas que des manchots sur place : il y a des anciens champions, des vrais, de ligues et de départements, dont certains pourraient tout à fait prétendre, s'ils en avaient encore le goût et l'envie, à conquérir d'autres titres ! Seulement voilà les choses ont bien changé ces 10 dernières années et, dans ce nouveau petit monde à jamais bouleversé, ils ne reconnaissent plus rien de ce qu'ils ont tant aimé ! Leur foi s'est émoussée, ils ont pris un peu d'âge aussi, et ils préfèrent désormais s'abstenir ! Ils font partie de la longue liste de tous ces anciens joueurs de haut niveau qu'on ne rencontre plus dans les tournois officiels, parce qu'ils ne s'accomodent pas du climat qui les entoure, et des mentalités quelquefois très particulières qui les pourrissent.
La seule pétanque qui les attire encore, la vraie, celle à laquelle ils ne renonceront jamais, ne serait-ce que pour s'entretenir en s'aérant de temps en temps, c'est celle qu'on fait revivre entre nous sous les platanes majestueux de notre vieille place. Avec le droit de s'amuser, de se tromper, de galéjer, de discuter, et de respirer normalement, sans se faire agresser par un tireur qu'on aura soi disant gêné ! Un de ces m'as-tu-vu pétris de mauvaise foi, comme en voit de plus en plus, et qui ne craint pas, pour excuser sa maladresse, de dire que c'est vous qui l'avez perturbé en clignant des paupières ou en serrant des fesses à l'instant même où il envoyait le bras...
De la même manière qu'on ne croise pas de stars internationales sur notre place (pas encore), on n'y voit jamais non plus un pointeur dont la boule s'est plantée à 2 m du rond parce qu'il l'a accrochée essayer de dire que c'est de la faute de son voisin ; on n'y voit pas davantage un tireur qui fait un écart de 60, sans toujours savoir pourquoi, tenter de sauver la face en vomissant des insanités à l'endroit de son entourage ! Sur la place, devant ce genre de ratages, on rigole de bon coeur à tous les voyages, les plaisanteries classiques, plus ou moins charitables, fusent de tous les coins, et, si c'est en début de partie, il arrive même qu'on rende volontiers sa boule à celui qui l'a échappée, si on s'aperçoit tout à coup qu'il a presque les larmes aux yeux... Pas à douze partout, évidemment ! On a beau être sympas entre nous on ne fait pas pour autant dans l'angélisme à tout va, à plus forte raison si l'apéritif est en jeu, na-tu-re-lle-ment !
Malheureusement, elle a du plomb dans la boule cette pétanque conviviale et réjouissante à la sortie d'un règne catastrophique qui a vu des imaginations délirantes la triturer dans tous les mauvais sens ! Aujourd'hui, par le biais de toutes sortes d'épreuves à sélection, plus ou moins fantaisistes, qu'on n'a pas eu peur d'imposer quelquefois en recourant au chantage - c'était ok pour le machin des clubs ou on vous imposait l'homogénéité : bravo le procédé ! -, la pétanque ne rassemble plus, elle divise, en semant la discorde et la confusion au sein des clubs et des comités !
On est quand même loin désormais, avec ces inventions qui laissent maintenant dans chaque club la plupart des joueurs sur la touche, de cet ancien jeu centenaire, ouvert à tous, et qui ne savait rien, ni des ségrégations par l'argent, ni des sélections arbitraires ! C'est vrai qu'on n'en veut plus en hauts lieux de cette vieille pétanque "pagnolesque", qui rassemblait sans doute trop de monde, puisqu'on a opté définitivement , à en croire un certain nombre de retransmissions télévisées, qui nous coûtent à chaque fois la peau des fesses, puisqu'on paye pour être filmés, contrairement aux autres disciplines, pour le "grandguignolesque."
C'est également divertissant, mais dans un autre registre du rire, un peu forcé, un peu jaune, et pas vraiment pour nous, parce que nous, le jaune, tant qu'à faire, on aime mieux l'avoir au fond du verre qu'au bord des yeux ! A doses homéopathiques, il va sans dire !