Un concours départemental comme un autre, en doublettes, avec un jet du but annoncé à 14h15 !
IMPOSSIBLE, à cette heure là il n'y avait pratiquement personne sur la place, si ce n'est une dizaine d'équipes. Il a fallu attendre 15h30 pour voir arriver le gros des troupes, et pour en réunir finalement 64 : inscriptions, tirage, et début du concours à... 15h45 ! Mon collègue, dans la voiture, avait eu le temps de boucler une grille de mots croisés, et moi, sur un banc, de lire mon Canard de bout en bout
ACTE I - scène 1 :
C'était notre jour de chance : notre première partie fut une vraie "partie de déplaisir" car le tirage au sort nous avait gratifié de deux pékins qui avaient déjeuné ensemble et qui n'avaient visiblement pas oublié, comme on dit chez nous, de mouiller la meule ! On a mesuré le point à chaque boule jouée, pour trouver parfois des différences de 5 à 8 cm entre les deux boules "litigieuses", sous le regard amusé d'un arbitre - un vrai de vrai, avec le costume, l'écusson, et tout, et tout -, qui riait de bon coeur aux plaisanteries grasses de nos deux lascars ! Pas méchants, les gars, pas agressifs, soit, mais chiants, pesants, fatigants... Et finalement heureux de perdre, à la seule pensée qu'ils allaient se voir offrir un coup à boire, un de plus, et encore un de trop.
ACTE I - scène 2 :
Tradition oblige, on les a abreuvés de bon coeur, moins pour leur faire plaisir que pour s'en débarasser au plus vite, pour la somme rondelette, mais néanmoins exagérée, de 5 euros (soit 2,50 par canette ). Comme on en avait touché 3 (des euros) à la table de marque, il a donc fallu en rajouter 2 de notre poche, et pour 2 consommations seulement ! Business is business, surtout en A, B, C !
ACTE II - scène 1 :
Ceci étant, il est déjà 17h00 et nous ne sommes pas couverts immédiatement : dieu seul sait pourquoi... Il y a comme un léger flottement chez les responsables, qui s'agitent à 3 en même temps derrière le même écran d'ordinateur... Il faudra attendre 18h15 pour entendre notre numéro !
Pas de chance, il est quasiment l'heure de diner et nos adversaires ont un petit creux, qu'ils entendent bien combler afin de nous affronter en pleine possession de leurs moyens : ils ne sollicitent pas notre autorisation, ne nous adressent aucune excuse, mais nous avertissent tout simplement, hilares et vermillons, avec à la main un verre plein d'un liquide jaunâtre dans lequel se baigne un petit glaçon, que nous allons devoir patienter, le temps qu'ils engloutissent leur andouillette-frites ! L'arbitre est toujours là, le même, buvant d'ailleurs la même chose, et qui laisse faire... Sans doute pour éviter de se retrouver avec deux joueurs tombés d'inanition au milieu des jeux ! Ce Monsieur est finalement très humain !
ACTE II - scène 2 :
Une heure, vingt minutes, quelques apéritifs et quelques bières plus tard, nos loustics arrivent, avec des yeux de lapins malades de la myxomatose ! On va pouvoir attaquer la 2ème partie de l'après-midi ! A quelque chose malheur est bon : le pointeur, qui a réellement du shimmy dans la direction a du mal à rester sur le chemin du but, et le tireur envoie un peu n'importe où, comme s'il s'était collé la peau de son andouillette sur les yeux... En 25 minutes, l'affaire est réglée, 13 à 0 ! Il est pile 20h00 !
ACTE III - scène 1 :
Nous sommes couverts dans la foulée ! Enfin, presque... Comme il n'y a pas de cigarettes en vente à la buvette un des deux individus que nous devons affronter est parti en acheter en ville ! L'autre attend gentiment au bar, en compagnie de notre arbitre, fidèle au poste, qu'il vient d'informer, et qui comprend tout à fait le problème, lui-même étant un gros fumeur ! Une chance !
ACTE III - scène 2 :
La loi des séries, ça existe, et nous la subissons ce jour là ! Le temps passe, et il est 20h45 lorsque le portable de notre homme retentit : son partenaire n'a pas trouvé de tabac, mais il s'est fait remarquer par une patrouille de gendarmerie, d'abord en allant un peu trop vite en ville, et ensuite en faisant virer l'alcootest d'une manière inquiétante ! Nous ne le reverrons pas de la soirée : pour nous la partie est gagnée ; pour lui elle est mal engagée... Aux suivants !
ACTE IV - scène 1 :
Des gens pressés, les suivants : ils sont attendus à un anniversaire, alors ils nous réclament les gains de la partie qu'ils proposent de nous donner ! Pas de chance pour eux : ils sont exactement dans le cas de figure qui nous sort par les yeux ( des gens qui vous imposent leurs impératifs qui n'en sont pas, en vous dictant grossiérement, qui plus est, leurs conditions) et on refuse tout net : soit ils jouent, soit ils s'en vont, mais les mains et les poches vides ! On n'en fait pas une question d'argent, compte tenu du ridicule de la somme qui nous échoit, mais une question de principe, uniquement !
La discussion s'engage, le ton monte, et notre arbitre, toujours en maraude, et comprenant qu'on ne mollira pas, se décide enfin à trancher en notre faveur après une grosse demi-heure de palabres et d'invectives inutiles ! Les gars s'en vont, ulcérés, sans avoir admis, et encore moins compris, l'incongruité de leurs exigences, en nous assurant qu'ils nous retrouveront... Sans doute, le monde est si petit !
ACTE V - scène 1 :
C'est les quarts de finale, et à ce stade là de la compétition, lorsqu'il est déjà 21h15, en septembre, il est des gens qui vous proposent le partage, arguant qu'ils ont des kilomètres à faire pour rentrer, qu'ils prennent à 4h00 du matin le lendemain, qu'ils n'ont pas d'éclairage sur leur véhicule, que leur pauvre femme est souffrante, que leurs enfants sont seuls à la maison, que leur chien n'a pas bouffé, ou que sais-je encore ? De toute façon on est dans une journée noire, on cumule les "saucissons", alors on n'échappe pas au dernier : on nous pose donc la question qui tue, "on coupe ?", avec une intonation qui suggère la réponse attendue, suivie du traditionnel "tout le monde est d'accord" - ce qui sous-entend que si on ne l'est pas on endossera alors les costumes des empêcheurs de partager en rond -, et assortie d'une explication on ne peut plus fantaisiste... Et merde !
EPILOGUE :
On n'ecoute pas, on n'écoute plus, ce qu'on nous raconte, on ne répond pas, on opine du chef, on ne compte même pas les billets qu'on nous tend, on les prend, on ne dit même pas merci, on s'en va, on en a marre, plus que marre !
Pour autant qu'il m'en souvienne, cette expédition doit être la dernière que j'ai faite en rase campagne en 2009, et je me demande si elle ne m'a pas conforté dans ma petite idée que j'avais, depuis quelques temps déjà, de renoncer aux concours de pétanque... Allez savoir pourquoi ?
Je remercie les acteurs et les figurants occasionnels qui m'ont permis d'écrire cette pièce dans laquelle les costumes n'étaitent pas de Donald CARDWELL, ni les décors de Roger HARTH , mais les faits complétement réels, en dépit de leur caractère pour le moins surréalistes !

