Il parade au soleil en roulant des épaules, et des fesses aussi, il est fier comme un paon, et le public avide de bruit et de fureur, un public restreint et très particulier - il faut aimer ce genre de spectacle-, se délecte d'avance du carnage qui va suivre... Des picadors arrivent, bien décidés à rajouter à la souffrance de l'animal, et à participer à une mise à mort !
Le toréro, flambard, agite sa guenille pour exciter la bête, mais elle se fait attendre ! Il l'agite, il s'agite, un peu dans tous les sens, il fait n'importe quoi, il dit n'importe quoi, on ne comprend pas tout, on ne comprend plus rien, il s'énerve, il s'énerve, le voilà hors de lui, qui perd de sa superbe, qui vomit des jurons, qui se fait insultant : le taureau ne sort pas !
Pas si bête la bête pour tomber dans un panneau aussi grossier, et qui serre les dents pour ne pas éclater de rire, en voyant ce pantin se démener là-bas comme une marionnette empêtrée dans ses fils ! Si elle lui fonce dessus, elle sait qu'elle lui fournira une belle occasion de faire le malin ; et même si elle l'encorne, elle sait qu'elle n'en sortira pas indemne pour autant ! Au terme de n'importe quel affrontement, la foule sans réfléchir prend toujours faits et causes pour le blessé, en dépit de toutes les provocations et autres vexations dont il a pu se rendre coupable, jamais pour celui qui l'amoche !
A l'inverse, sans coup férir, l'animal va tourner en ridicule ce fanfaron décoré comme un sapin de Noël, s'il refuse le combat, et s'il le laisse se trémousser tout seul au centre de son cirque, où il finira par se lasser et par aller chercher ailleurs un autre faire-valoir !
Pas de chance ce soir, le taureau qui est là sait tout ça, alors il ne sort pas : la corrida n'aura pas lieu !
Quand on vous "cherche", comme on dit, ici ou sur des jeux, pensez à mon taureau, lequel animal passe pour posséder une juste dose de force et de sagesse, cette seconde qualité lui permettant de ne pas recourir inutilement à la première !
Ignorez le toréro occasionnel, qui aimerait vous voir sortir de votre box et de vos gonds, laissez le tourner seul, dégoulinant de sottise et de haine, en rond dans son arène, et repartez tranquillement, loin des bruits de la foule, à vos pâtures verdoyantes !
Vous n'avez jamais entendu dire que "le bonheur est dans le pré ?"

