On se plaint souvent, et à juste titre, que la pétanque ne rassemble plus des foules immenses : c'est vrai qu'il n'y a pratiquement plus de jeunes qui jouent, mais on peut également constater sans mal que le problème n'est pas seulement là !
De nos jours, en tout cas beaucoup plus qu'avant, la pétanque à cette particularité, sans qu'on sache exactement pourquoi, de ne pas intéresser non plus outre mesure tous ceux qui la pratiquent réguliérement. S'il fut un temps pas si lointain où il suffisait de se présenter sur un terrain avec des boules pour pouvoir faire une partie à coup sur, ce n'est plus le cas aujourd'hui !
Je m'explique : prenons deux exemples, mais on pourrait en prendre des dizaines... Lorsque je jouais au football tous les gens qui arrivaient sur le terrain n'avaient qu'une idée en tête, chausser leurs crampons, prendre un ballon et taper dedans ; idem au judo : en arrivant, les licenciés se changeaient aussitôt et se présentaient sur le tatami pour s'entrainer ! Jamais je n'ai vu des footballeurs ou des judokas venir au club pour rester des heures entières à discuter et finalement repartir sans s'être adonnés à leur sport ! Encore moins pour s'enfermer dans les vestiaires, ou dans le bar du club, afin de faire un 421 ou de taper le carton ! Au contraire, j'en ai même vus passer outre une petite blessure parce que l'envie de jouer ou de tirer était la plus forte ! Et il en est toujours ainsi, aucun sportif en activité ne vient sur les lieux de sa discipline pour regarder ou pour y faire autre chose ! S'il n'est pas très en train il reste chez lui ou il va faire un tarot dans un bistrot.
Or, à la pétanque combien de fois voit-on des gens, en pleine possession de leurs moyens, avec du temps devant eux, venir sur les terrains et vous déclarer, lorsque vous les invitez à faire une partie, qu'ils n'ont pas envie de jouer ? Etonnant, non ? Pas tant que ça ! Il semble bien que ce phénomène résulte de la mentalité très particulière qui règne dans ce microcosme ! Si on accepte tout le monde et n'importe qui au football, comme au judo, si on s'entraine sans rechigner avec le premier qui arrive, sans se préoccuper de son niveau, quitte à être tantôt l'élève et tantôt le professeur, c'est parce que le premier souci des intéressés c'est d'abord de pouvoir pratiquer !
A la pétanque l'esprit est tout autre : il y a partout des clans qui interdisent systématiquement aux uns de jouer avec les autres ! Les plus forts - parfois simplement les plus prétentieux - ne veulent pas s'ennuyer, voire se dévaloriser, en jouant avec des "mauvais" ; les mêmes ne se frottent pas non plus aux "trop bons", avec le risque d'une déculottée qui attenterait à leur orgueil mal placé ; d'autres préférent ne pas jouer parce que leurs copains ne sont pas là ! Ils ne vont quand même pas faire équipe avec une femme ou avec un gamin, pourtant disponibles : eux, ils sont des joueurs, pensez donc, pas des jeteurs de boules... Et ainsi de suite ! Sans parler de ceux qui n'ont pas le courage de sortir les boules de leur coffre, qui trouvent qu'il fait trop chaud en été, et trop froid en hiver ; sans parler non plus des flambeurs qui refusent des parties si elles ne sont pas intéressées !
C'est de plus en plus difficile chaque jour, avec cette récente montée en puissance de la tendance au vedettariat et d'un certain nombre de prétentions, voire de péjugés, de pas mal de joueurs pourtant très moyens, de faire une partie, simplement pour le plaisir, pour s'occuper quelques heures... De guerre lasse, devant une telle situation, nous sommes de plus en plus nombreux à fréquenter de moins de moins des clubs qui meurent à petits feux, et pour cause ! Les "élites" n'ont pas de temps à perdre pour se confronter à des "promotions", lesquels "promotions" n'ont pas envie non plus de les solliciter parce qu'ils ont aussi leur fierté ! Chacun campe alors dans son coin, et quand le compte n'y est pas pour former des équipes "homogènes" alors on jacasse, on boit, ou on s'attable avec des cartes, entre gens de même valeur ou de même sensibilité !
D'aucuns penseront peut-être, en lisant celà, que je caricature à outrance, que je me plais à regarder les choses par le petit bout de la lorgnette, et que je force un peu le trait, c'est possible ! Possible que l'hiver qui arrive à grand pas me communique un peu de sa tristesse, mais si peu... Quand on va sur le terrain quasiment tous les jours, quand on fréquente cette population et qu'on l'observe à longueur de semaines, avec une expérience de 30 ans derrière soi, qui nous a permis de se frotter à tant de climats et de caractères multiples et variés, on sent bien les différences, et on finit quand même par savoir de quoi on parle !
Qu'il s'agisse de disputer un "international" ou seulement d'en jeter un peu en semaine pour se faire le bras, on choisit maintenant ses partenaires avec la même sévérité : chacun son carré, pas question de mélanger les torchons avec les serviettes ! On ne va pas épiloguer pour la énième fois sur les raisons de cette "évolution" (élitisme et tout le toutim...), mais ce n'est certainement pas en agissant ainsi qu'on regonflera des effectifs en chute libre, parce qu'on n'a pas à la pétanque - et je crois qu'on ne l'aura plus - cette culture de l'ouverture vers les joueurs lambda, et de l'intégration des nouveaux venus !
Dans la plupart des sociétés de boules il faut vraiment "casser la baraque" pour être admis dans les cercles du haut ! A défaut de quoi, soit on regarde, soit on envoie des boules tout seul dans son coin, jusqu'au jour où on décide de les ranger au fond de son garage et de passer à autre chose !
A lundi prochain. Bonjour chez vous et portez-vous bien !