Gérard MANVUSSA, bien qu'il ne soit pas maladroit du tout, fait cependant partie de ces joueurs dont on ne sait jamais quoi faire : difficile de le mettre au point, avec son strabisme divergent, et qui vous donne d'emblée le sentiment qu'il n'y est peut-être pas vraiment (au point) ; dangereux de lui confier le tir, dès lors qu'on le connait un peu et qu'on le sait capable de tirer dans tous les sens, et jamais, qui plus est, à visage découvert... Gérard MANVUSSA c'est un cas à part, cupide, opportuniste, égocenrique, et bouffi de prétention, qui peut vous encenser un jour et vous fusiller le lendemain s'il s'avère que vous avez égratigné quelque part sa susceptibilité à fleur de peau ! Un peu comme ces vieux matous castrés qui ronronnent un temps sur vos genoux avant de vous lacérer tout à coup le bras au prétexte que vous les avez caressés à rebrousse poils dans un moment d'inattention !
Pour peu qu'on prenne le risque de le fréquenter un peu on est rapidement amené à se demander si Gérard MANVUSSA n'est pas l'inventeur du blouson réversible, le champion toutes catégories de la volte face, ou s'il n'a pas été un transformiste hors pair dans une autre vie ? Il ne serait pas étonnant non plus qu'il affectionne le tournedos, ne serait-ce que pour la résonnance du nom... C'est quand même dommage, quand on voit évoluer ce garçon, de constater qu'un individu puisse avoir autant de visages et aussi peu de cervelle... Prêt à tout pour ramasser un billet de 10 euros, qu'il va rapidement enfermer dans l'oursin qui lui sert de porte-monnaie, Gérard MANVUSSA c'est le genre de client qu'il ne faut jamais quitter des yeux, pas même le peu de temps qu'il faut pour satisfaire un besoin animal au pied d'un arbre ! Ce qui n'est pas de tout repos, soit dit en passant, surtout par grand vent, quand il faut pisser en tournant la tête pour regarder par dessus son épaule...
Gérard MANVUSSA, j'ai été son copain - jamais son ami, l'amitié c'est trop cher pour être bradée sans de véritables assurances de retour -, j'ai beaucoup parlé avec lui, j'ai corrigé sur ses brouillons, y compris sur ceux des lettres à ses fiancées d'un soir, ses fautes d'orthographe et de grammaire à sa demande - je n'ai jamais rien pu faire pour ses fautes de conduite -, j'ai souvent tenté de le raisonner, et même de lui inculquer un soupçon de moralité, mais ce fut peine perdue ! Après m'avoir beaucoup aimé, après avoir applaudi a deux mains à quelques unes de mes facéties - j'ai toujours été un grand taquin -, aujourd'hui il me hait, et il me traite sans ménagement, comme il traitait hier quelques uns de ses camarades élus de sa circonscription, qu'il s'était juré de détruire, et avec lesquels il s'est probablement réconcilié, sans aucun état d'âme, dans l'espoir de les voir maintenant abonder dans son sens : c'est normal, je n'en attendais pas moins de lui, je savais pertinemment où j'allais le jour où j'ai décidé de lui signifier clairement son fait !
Chacun son tour, une fois la culotte de velours, une fois la couronne d'épines, c'est comme ça avec mon pauvre Gérard MANVUSSA, auquel je suis néanmoins incapable d'en vouloir parce qu'il reste à mon sens plus à plaindre qu'à blâmer ! Ce qui me tourmente le plus, ce n'est pas ses emportements maladroits et injurieux- j'en ai vu d'autres - mais le fait de ne rien pouvoir faire pour l'aider : je suis diplomé en psycho-pédagogie, pas en psychiatrie ! Tant pis, il vieillira mal, il vieillira seul, sans femme ni enfants, comme un vieux chien malade que l'âge et les douleurs rendront encore plus agressif et encore plus mordant, et dont personne n'aura vraiment envie d'avoir pitié...
Bien sur, à la pétanque - il y joue tous les jours - il a fait plus de résultats que moi Gérard MANVUSSA, mais c'est l'occasion, à travers ce portrait désolant, de démontrer une fois encore, s'il en était besoin, à quel point un palmarès peut être dérisoire quand on n'a pas autre chose à faire valoir pour attester de sa qualité d'homme digne de ce nom !
N.B. Gérard MANVUSSA est un personnage de fiction - comme Jean-Marie BRISEBURNES -, créé pour mettre le doigt en s'amusant sur un certain nombre de travers de l'espèce humaine , et toute ressemblance avec un individu existant ou ayant existé ne serait que pure coincidence.


